Le
texte ci dessous a pour but d'expliquer notre démarche,
notre philosophie de travail. Cette démarche n'est ni
"plus", ni "moins" respectable qu'une autre,
elle est simplement la nôtre.
Ma réflexion s'inscrit dans l'idée d'un soutien
aux vignerons bio, ou même biodynamiques, qui font un
travail remarquable que je respecte et que j'approuve.
Cependant, de s'orienter vers le bio n'interdit pas de réfléchir,
c'est ce que nous nous efforçons de faire.
Enherbement
et labour des vignes un rang sur deux :
Depuis
les années 1960, beaucoup de vignobles sont désherbés
chimiquement à 100%. L'herbe y est arrosée avec
des herbicides qui la détruisent.
A l'automne 1998, nous souhaitions limiter l'érosion
et faire un pas vers un respect accru de l'environnement. Nous
avons alors enherbé nos vignes entre chaque rangs. A
l'époque, nous avons continué à désherber
chimiquement les 20% de la surface situés sous le rang,
n'ayant pas d'outil pour tondre ou labourer sous les ceps. Cela
réduisait de 80% les herbicides employés.
Notre voisin, propriétaire de la parcelle située
devant notre caveau, a enherbé trois hectares au printemps
2003… cela nous réjouit beaucoup, d'autant que
l'enherbement semble faire d'autres émules.
Nous avons, en 2005, affiné notre méthode en labourant
un rang sur deux pour permettre à l'eau de pluie de mieux
rentrer dans le sol. Et nous avons investi dans une machine
qui travaille (laboure) le sol sous le rang de vigne.
Cette machine, le "Tournesol" (photo
ci contre), nous a permis de supprimer les herbicides à
100% sur certaines parcelles (voir la photo du haut).
Tout ceci est coûteux en temps et en mécanique,
mais l'effet sur le vignoble est indéniable.
Les
traitements:
Vers 1990, nous avons fabriqué un appareil de traitement
avec "panneaux récupérateurs". Cet appareil
recycle une partie du produit de traitement mais ne peut être
utilisé qu'au printemps, quand les pousses de la vigne
(les pampres de l'année) sont courtes.
Au printemps 2007, nous avons investi dans l'appareil de traitement
de haute précision "Turbocoll"
(ci contre). Cet appareil nous permet de traiter avec précision
et de respecter l'environnement sur toute la saison viticole.
Depuis longtemps, nous réfléchissons le plus possible
à notre façon de traiter la vigne. Un vigneron
"bio" ne peut traiter qu'avec du soufre et du cuivre.
Mais le cuivre est un métal lourd qui se fixe dans le
sol, ce qui n'est pas très "bio" en fin de
compte; c'est à cause de cela que nous n'avons toujours
pas franchi le pas du "bio", cherchant à raisonner
plus largement plutôt qu'à nous enfermer dans une
charte.
Les
2 raisons pour lesquelles nous nous laissons encore du temps
avec le label "bio":
-
les vignes jeunes de 1 à 4 ans, trop frêles, ne
peuvent pas être labourées avec le "Tournesol".
Piocher à la main serait trop long et trop cher. Pour
ces vignes, nous souhaitons garder la liberté de désherber
les 20% de surface situés sous les ceps.
- en année pluvieuse, il nous semble judicieux de traiter
contre le mildiou avec des traitements plus efficaces que le
cuivre. Cela permet de traiter moins souvent, d'économiser
du gasoil et de limiter la saturation des sols en cuivre.
Fertilisation
des vignes :
Les amendements apportés à la terre sont réfléchis
à partir d'analyses de sol. Un sol plus sain et équilibré
rend la vigne plus résistante. Elle se défend
mieux contre les parasites et nécessite moins de traitements.
Définition du vin biologique
:
Pour le vin, le mot 'biologique" ne correspond pas à
une désignation précise. Il doit simplement provenir
de vignes travaillées biologiquement et être conforme
aux règlements généraux de vinification.
Les seules particularités sont, par exemple, l'utilisation
de produits biologiques désinfectants dans la cave.
En lisant la réglementation sur le vin biologique (à
partir de la récolte du raisin), on se rend à
l'évidence que les vins du Mas d'Intras sont déjà
à 200 % biologiques.
Cependant, la confiance dans le vigneron est primordiale, et
le label "bio" est une vraie garantie: certains vignerons
"classiques" appliquent toutes sortes de subterfuges
autorisés par la réglementation pour équilibrer
des vins déséquilibrés, pour les truquer,
notamment les vinificateurs "marketing" du nouveau
monde. Je goûte ces vins industriels pour ma culture générale,
mais ce sont des vins qui n'ont à mon sens pas d'âme…
Qu'est-ce
qui différencie notre vin d'autres vins et de vins biologiques?
Lorsque nous prenons la décision de récolter une
parcelle, nous avons déjà goûté les
raisins depuis plusieurs semaines et les avons analysés
régulièrement. Nous savons très exactement
quand et pourquoi nous récoltons chaque parcelle.
Ainsi, le raisin donne un vin naturel qui garde l'équilibre
qu'il avait le jour de la récolte. Nous ne rajoutons
jamais d'Acide Tartrique. Du sucre de raisin (moût concentré)
est ajouté uniquement dans des cas exceptionnels (certaines
cuvées de 1993 ou 2002), et sous le strict contrôle
des douanes.
Nous utilisons le moins de soufre (sulfites) possible. Par conséquence
notre travail doit être propre et le vin analysé
régulièrement. Il y a un maximum de soufre autorisé
et un minimum indispensable pour la conservation du vin. Nous
visons depuis toujours la quantité minimale possible.
Nous avons aussi fait un trait sur l'acide Métatartrique,
l'Acide Ascorbique, la Gomme Arabique, l'Acide Citrique, qui
sont rajoutés au moment de la mise en bouteille chez
la quasi-totalité des embouteilleurs. Enfin, afin de
leur garder toutes leurs qualités, nous ne collons ni
ne filtrons plus nos vins rouges, quitte à ce qu'ils
fassent un peu de dépôt naturel. Pour toutes ces
raisons, notre vin n'a pas besoin de changer pour devenir biologique.
Que pouvons nous faire d'autre ?
Avoir un comportement responsable envers l'environnement est
une question de conscience. Là ou nous pouvons changer
nos habitudes, nous devons le faire. Où est la logique
si un vigneron traite moins ses vignes, mais chauffe sa cave
au mazout ? Il est financièrement impossible de tout
changer d'un coup, mais on peut avancer pas à pas. Par
exemple, nos véhicules d'exploitation ne sont pas tous
très écologiques… mais les pas se font petit
à petit et en fonction des moyens disponibles...
Les
cuves, chauffées à l'énergie solaire !
Lorsque septembre est froid, les raisins doivent être
légèrement chauffés avant la fermentation.
Et pour la fermentation malo-lactique (la deuxième fermentation
du vin, après pressurage), la température doit
rester entre 20 et 25°C, ce qui fait consommer beaucoup
d'énergie. Jusqu'en 2002 nous avions un appareil à
gaz, ainsi que trois "bananes" électriques
d'un total de 4500 Watts.
C'est ainsi que nous produisions nos "calories" nécessaires,
alors qu'une grande quantité d'énergie solaire
restait inutilisée à notre maison d'habitation,
que nous ne chauffons pas en septembre.
Nous avons donc réalisé une liaison de 50 mètres
entre la maison et la cave... et cela fonctionne parfaitement.
Nous n'utilisons plus de courant ou de gaz pour chauffer, c'est
le soleil qui fait le travail, pour une consommation de 10 Watts
d'électricité pour les deux circulateurs !
C'est un grand confort de travail et un immense plaisir pour
nous pendant les vendanges. Ouvrir une vanne de circulation
à la cuve, mettre en route la pompe et sentir la chaleur
solaire venir doucement cajoler le raisin ou le vin…
Utilisation
de bouteilles "plume" :
Peut-être qu'à première vue vous ne remarquez
rien, mais nos bouteilles sont plus légères que
les bouteilles classiques... elles pèsent 300g contre
440g pour une bouteille standard ou 550g pour une bouteille
traditionnelle (la plus utilisée). La mode actuelle tend,
pour des raisons d'esthétisme, à utiliser des
bouteilles lourdes.
Mais je pense que nous devons profiter des évolutions
offertes par notre monde moderne pour faire des choix visant
à un plus grand respect de l'environnement. Il me semble
que les bouteilles de 300 grammes que nous utilisons actuellement
sont suffisamment solides pour une utilisation unique.
Imaginez la quantité d'énergie nécessaire
pour produire toutes ces bouteilles d'une part et pour les transporter
d'autre part !
Dans mon fourgon de livraison et sa remorque (charge utile:
3.5 tonnes pour 6,3 tonnes de poids total roulant), je peux
mettre 3330 bouteilles pleines du modèle que nous utilisons,
ou 2940 bouteilles du modèle standard ou 2690 bouteilles
traditionnelles. Avec le même carburant nous transportons
donc 640 bouteilles supplémentaires par chargement!
Et pour ces 3330 bouteilles nous faisons une économie
de 250g x 3330 = 832 Kg de verre!!!
Cela représente
pour une petite entreprise familiale comme la notre une
économie annuelle de plus de 30 tonnes de verre !!!...
Une raison suffisante, à notre avis, de se mettre au
vert pour le verre !
Malheureusement ces choses ne sont pas prises en compte dans
la reconnaissance d'une exploitation viticole en "Bio"...
Le recyclage des bouteilles:
C'est un problème sur lequel je désire également
partager mon opinion.
En théorie nous pourrions réemployer les bouteilles…
mais cela implique de reprendre les bouteilles vides pour les
transporter à nouveau, en camion, de leur lieu de consommation
vers Intras. Ensuite il faudra un produit de désinfection
- qui éventuellement pourrait nuire à l'environnement
- sans avoir la certitude qu'il ne laissera aucune trace dans
la bouteille. Il est aussi possible de désinfecter avec
de l'eau bouillante mais cela coûte beaucoup d'énergie…
Et si, malgré toutes ces précautions, il reste
quand même une seule petite bactérie dans la bouteille,
tout ce travail aura été réalisé
pour rien et le vin embouteillé devra être jeté...
Sincèrement, je pense qu'il est bien meilleur pour l'environnement
d'utiliser toute cette énergie à collecter localement
les bouteilles pour les recycler dans la région où
elles ont été consommées ! La température
élevée qui est nécessaire pour la fabrication
de nouvelles bouteilles à partir du verre récupéré
est la seule garantie que la bouteille sera stérile.
Ce
texte vous interpelle ? Vous n'êtes pas du même
avis et souhaitez mes faire part de vos idées ?
N'hésitez pas à m'écrire à:

Chaque réaction m'intéresse et je vous répondrai
personnellement.
Denis ROBERT
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